Gentilshommes verriers de l\'Ouest de la France

Gentilshommes verriers de l\'Ouest de la France

Aperçu sur les verreries de l'Orne (61)

Aperçu sur les verreries de l'Orne (61)

 

Il y a quelques années, Jacques Osmont publiait un article de synthèse sur les verreries de Basse-Normandie[1]. Nous reprendrons ici les informations sur le département de l'Orne.

 

§      Alençon

Une verrerie a été créée en 1855 et fut exploitée par la société Marais et Cie puis reprise par M. Bourgeois. On y produisait des gobelets, des bocaux en verre blanc et vert, des carafes. Elle cessa ses activités en 1865[2].

 

§      Bellou-en-Houlme

Aucune verrerie n'est signalée dans la bibliographie existante. Cependant un acte de registre paroissial l'évoque avec l'acte de sépulture en 1621 de Thomas Sauvaget « decede a la voirrerie du Clos Pierre p(ar)roisse de Bellou ». 

 

§      La Ferrières-aux-Etangs

On trouve des de Brossard dès le début du 17ème siècle dans les registres paroissiaux. Ainsi par exemple en 1606 est baptisé un enfant illégitime de Brossard « demeurant p(résenteme)nt a la voirrerie du sieur du Parc ». Dès lors, ils sont fréquemment cités (sieurs du Chardonney, de Persaine, de Rousseville, de la Noë, de Rochereul, etc.). Les de Mésenge sont également dans ces registres. Ensuite, on verra les de Gallery devenir propriétaires.

C'est au cours du 18ème siècle que l'activité décline pour disparaître au moment de la Révolution.

Parmi les familles qui semblent tourner autour de l'activité verrière, on rencontre fréquemment le patronyme Thommeret qu'on croise plus tard dans une verrerie sarthoise.

On pourra consulter le site d'Odile Halbert[3] pour obtenir de plus amples informations sur la famille de Mézenge de la Ferrière.

 

§      La Ferté-Fresnel

En 1664, Charles de la Porte reçut l'autorisation de fonder une verrerie à la Ferté-Fresnel[4].

 

§      L'Hôme-Chamondot

Une verrerie y fut installée en 1826[5] mais selon le Service Régional de l'Inventaire de Basse-Normandie[6] elle daterait de 1835; elle produisait des verres demi cristal, des verres de lampe, de la verroterie, des services de table, des flacons à pharmacie, des ustensiles de chimie et des flacons à parfum. Elle compte jusqu'à 160 ouvriers en 1873, parmi lesquels huit tailleurs et quatre graveurs[7]. Elle appartenait, comme d'autres verreries du département, à Auguste Bourgeois qui était maître verrier à Chéronvilliers dans l'Eure.

Il est dit en 1844[8] : « A Tourouvre et à l'Hôme-Chamondot (Orne), M. Lebourgeois possède deux usines : la seconde créée par lui depuis cinq ans, pour la fabrication de la verrerie et de la cristallerie. Ce fabricant est tout à fait dans la voie progressive ; ses produits sont livrés à l'économie domestique, aux arts, à l'industrie, à des prix très modérés. Les deux établissements de M. Lebourgeois comptent un très grand nombre d'ouvriers, 200 au moins. C'est à L'Hôme-Chamondot que se fabriquent les pièces d'un travail plus délicat».

Cette verrerie fut détruite par un incendie en 1873 puis reconstruite. Elle est alors composée de deux halles, deux fours, une école, une maison de maître et un logement d'ouvriers. Elle est exploitée par Louis Maronval et Charles Dunois, directeur de la verrerie de Romesnil en Seine-Maritime.

 

§      La Lande-de-Goult

La verrerie s'installe au lieu-dit l'Aumône vers 1613/1614 avec Charles de Mésenge, sieur de Granpré. On sait qu'il n'avait le droit que de fabriquer du verre à vitre et du verre à fougère. Dans les années 1650, on note la présence de Jean de Mésange, sieur de Granpré.

Malheureusement, les registres paroissiaux ne commencent qu'en 1649 (paroisse de Goult) et ne permettent pas de suivre l'installation des familles verrières. Cependant, ils nous donnent à partir de ces années des renseignements sur les de Mésenge et les de Brossard.

On y aurait fabriqué du verre à vitre et du verre commun.

 

§      Marchainville

La verrerie du Belloy fut fondée 1760 par les La Borde. En 1822, le locataire en est le vicomte Eugène de Bourbon-Busset ; il s'associe à Auguste Bourgeois de la verrerie du Celloy à L'Hôme-Chamondot[9]. Elle ferme en 1826.

Le 10 mars 1824, le sieur Julienne obtient une autorisation pour « remettre en activité la verrerie à bouteilles qui existait en 1788 dans la commune de Marchainville (Orne), et à y fabriquer du cristal et du verre commun[10] ». On y trouvait un four de forme ovale, contenant dix pots ou creusets[11].

 

§      Moutiers-au-Perche

L'ouvrage de Claude Cailly[12] signale une verrerie à Moutiers-au-Perche.

 

§      Neuilly-sur-Eure

Jacques Osmond signale qu'une verrerie à deux fours (fonte et recuisson) existait avant la Révolution, et créée par M. des Perrais de Neuilly. Son fonctionnement aurait perduré jusqu'à la fin de l'Empire.

On produisait des bouteilles et carafes en verre noir ou blanc, mais aussi en verre blanc décoré.

 

§      Nonant-le-Pin

En 1688, François de Brossard transfère sa verrerie de Tanville vers La Roche-de-Nonant. En 1796, elle est la propriété de MM. Chédeville et Lesieur.

On y fabriquait de la gobeleterie ou des flacons à pharmacie.

 

§      Passais

Charles François de Verdun, de Passais, reçoit l'autorisation d'ouvrir une verrerie en 1753. Mais le logis de Passais est sur la commune de Barenton dans la Manche (50), proche de la commune de Passais dans l'Orne (61). Il semble donc que la verrerie de Passais, parfois attribuée à l'Orne, relève plutôt du département de la Manche. Signalons tout de même le toponyme « la Verrerie » sur Passais (61).

 

§      Radon

En 1845 fut créée la verrerie dite des Gâtées par René Catois[13]. On y signale quatre fours (deux pour la fusion et deux pour la recuisson). Elle fut revendue en 1855 à monsieur Boissière qui y réalise de la taille de verre en utilisant la force d'une chute d'eau. Elle cessa ses activités en 1860.

 

§      Rouperroux

La verrerie du Boismalet est considérée comme la plus ancienne verrerie de l'Orne puisqu'on fait remonter ses origines au début du 14ème siècle[14].

Toujours est-il que les registres paroissiaux, qui commencent en 1586, nous donnent plusieurs de Brossard. Ainsi, exemple, Innocent de Brossard, époux de Julienne de Mésenge apparaît en 1586 ; il est dit sieur de Bois Mallet. On y rencontrera aussi le couple Jehan de Brossard/Marie de Mésenge, ce qui montre bien le lien étroit entre les deux familles.

Il semble que certains des de Brossard de Rouperroux se soient ensuite installés en Sarthe.

 

§      Saint-Evroult-Notre-Dame-des-Bois

La verrerie y fut fondée en 1837 par Grégoire Gassot. Elle passa ensuite à messieurs Lamiot et Bourgeois. Grégoire Gassot la racheta après l'incendie de 1847.

Elle compta 150 employés à la fin des années 1860. Les productions étaient destinées aux activités de parfumerie, distillerie, chimie, pharmacie.

Voici ce qu'on en dit en 1855[15] : « Les beaux appareils de chimie et de physique, fabriqués en verre par M. Pochet de Plessis-Dorin (Loir-et-Cher), et MM. Grégoire et Masson, de Saint-Evroult (Orne), attestent les efforts tentés par la verrerie française pour rendre aux sciences physiques autant de services qu'elle en a reçus ».

Grégoire était déjà en 1839 dans les listes des brevets d'invention[16] : « 514. MM. Grégoire et compagnie, à Saint Evroult (Orne) ; procédés de fabrication du verre-marbre. (12 février. – 5 ans) ».

René Clément est cité comme maître de verrerie au début du 20ème siècle[17].

 

§      Saint-Nicolas-des-Bois

La verrerie du Froust était déjà en fonctionnement au 17ème siècle mais celle-ci a du stagner. En 1687, un arrêt du Conseil d'Etat autorise sa remise en activité. Elle devait sans doute se situer au lieu-dit « La Verrerie » en bordure de la forêt d'Ecouves.

On sait que certains de Brossard s'y trouvaient. Ainsi, dans les registres protestants d'Alençon est noté le baptême en 1620 de Jeanne fille de Louis de Brossard, écuyer, et de Renée Duval de la paroisse du Froust. Ce Louis porte la titulature de sieur de la Roussière et est également le père de Thomas, Jeanne, René, Salomon et Louis.

 

§      Saires-la-Verrerie

Saires est une des plus anciennes verreries de l'Orne. L'activité est signalée depuis le dernier quart du 15ème siècle[18] avec les familles de Brossard et de Mésenge. En 1629, elle appartient à Philippe de Mésenge, puis ensuite à son fils Thomas, sieur des Ventes ; on y faisait du cristal.

 

§      Tanville

Une verrerie est attestée dès 1532[19] et appartenait aux de Mésenge au 17ème siècle. Cette famille est présente jusqu'au 19ème siècle : Georges de Mésenge, sieur de Grandchamp ; François de Mésenge ; Louis-François, sieur du Gast ; Pierre-Louis-François de Mésenge ; Louis Pierre de Mésenge, qualifié de maître verrier, etc. On y croise aussi des de Brossard tel que François, sieur de Sourdeval, qui est autorisé à déplacer sa verrerie de Tanville à la Roche-de-Nonant..

Un état de la verrerie au tout début du 19ème siècle cite les productions : pièces de fantaisie, huiliers, verres à vin, cristal, carafe, gobelet, ustensiles de laboratoire.

En 1802, la verrerie passe à Bernard Henri Lafitte, puis en 1814 M. Chédeville en devient le propriétaire. En 1848, M. Boissière devient maître de la verrerie du Gast jusqu'en 1888. Il la transférera par la suite à Creil.

En 1865, on comptait jusqu'à 230 ouvriers.

 

§      Le Theil

On signale qu'avant 1803, la verrerie des Charbonnières a fermé ses portes au Theil[20]. Le toponyme « La verrerie » est également présent sur le territoire communal.

 

§      Tourouvre

En 1796, François Ragaine demande le transfert de la verrerie du bourg vers le site de Bellevue. On y pratiquait la refonte du verre et la production était tournée vers la gobeleterie et le verre blanc[21]. Le nombre d'ouvriers variait de 45 à 75. Son activité cessa à la fin du 19ème siècle.

Il est à noter qu'on trouve en Sarthe une alliance Ragaine/de Brossard.

 

 



[1] Jacques Osmont, Verreries de Basse-Normandie, Le Pays d'Argentan n°10, juin 1992

[2] Bulletin de la Société des Antiquaires de Normandie, T. 6 publié en 1874

[4] Le Bulletin de la Société des Antiquaires de Normandie de 1874 nous dit que cette verrerie n'a fonctionné que peu de temps.

[5] D'après Jacques Osmont, op. cit.

[7] Onésime Le Vaillant de la Fieffe, Les verreries de la Normandie, les gentilshommes et artistes verriers normands, Rouen, 1873, p. 375-376

[8] Annuaire des cinq départements de l'Ancienne Normandie, Caen, 1844, p. 454

[9] Claude Cailly, Mutations d'un espace proto-industriel : le Perche aux XVIIIè-XIXè siècles, Fédération des amis du Perche ,  Paris, 1993, p. 429

[10] Annales des Mines, 1831, p.196

[11] Bulletin des lois du Royaume de France, 7ème série, T. 18, 1824, p. 229

[12] Claude Cailly, op. cit., p. 45

[13] Bulletin des lois de la République Française, 1846, p. 748

[14] Actes du 81ème congrès national des sociétés savantes, 1956, p. 188

[15] Charles Robin, Histoire illustrée de l'exposition universelle par catégories d'industries avec notices sur les exposants, Paris, 1855, p. 182

[16] Archives de découvertes et inventions nouvelles faites dans les sciences, les arts et les manufactures, tant en France que dans les pays étrangers, pendant l'année 1839, Paris, 1841

[17] Bulletin de la Société historique et archéologique de l'Orne, 1918

[18] Victor des Diguères, La Vie de nos pères en Basse-Normandie, notes historiques, biographiques et généalogiques sur la ville d'Argentan, 1879, p. 294

[20] Bulletin de Société percheronne d'histoire et d'archeologie, 1902, p. 134

[21] Dictionnaire géographique, historique, industriel et commercial de toutes les communes de la France et de plus de 20 000 hameaux en dépendant, Vol. 8, Paris, 1844, p. 683



22/08/2008
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